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Partage de mon expérience du travail avec le " Champ d'Argile " auprès des enfants
Témoignage de Sixtine HENRY d'AULNOIS Février 2007
Psychomotricienne, thérapeute formée par Barbara Osterwald
Le travail avec le " champ d'argile "
est allé me chercher très vite en profondeur. C'est un chemin de retrouvailles
avec soi. Retour vers soi, vers en dedans, de plus en plus profond, et avec
simplicité. Le geste et le mouvement interne nous guident, et si le blocage
émerge, il n'y a qu'à faire confiance au corps, à nos mains. Le corps sait.
Il sait là ou nous devons aller, par où nous devons passer pour nous retrouver
et nous ré-axer.
Chaque séance, apporte une pierre de plus à l'œuvre en construction. Nous sommes
simplement et fermement accompagnés par le thérapeute, qui est là, présent,
à nos cotés. Ce travail concerne le moi profond, c'est un chemin ou l'on se
re-trouve, profondément. Chaque blocage dépassé va libérer une fabuleuse énergie
qui redevient disponible et nous relance en avant au contact de plus en plus
étroit avec notre force vitale.
Psychomotricienne et psychothérapeute, je travaille depuis longtemps avec des adultes et surtout avec des enfants. D'une part dans un CMPP (Centre Médico Psycho Pédagogique) et d'autre part à mon cabinet libéral. Ceci me permet de rencontrer des enfants de toutes catégories socio culturelles car les soins en CMPP sont pris en charges par la CPAM (ce qui n'est pas le cas pour la psychomotricité en libéral). Je reçois entre autre, à mon cabinet, des enfants qui sont placés dans des familles d'accueil et qui me sont confiés par les éducateurs du service de l'ASE (Aide Sociale à l'Enfance). Ces enfants ont été éloignés provisoirement ou de façon durable de leurs parents qui, pour des raisons diverses, ne pouvaient plus assumer leur rôle parental. Mis en danger, ils ont pour la plupart subit des traumatismes psycho corporels importants.
Depuis quelque temps, je propose à certains enfants, le travail avec le " Champ d'Argile ". Certains adhèrent très vite, d'autres ont des réticences, ne sont pas prêts. Le " champ d'argile " c'est une boite en bois qui est remplie à ras bord d'argile souple, à disposition de la personne qui va en faire ce qu'elle veut ,en respectant les règles du travail. Je propose à l'enfant, de mettre un tablier et de relever ses manches pour ne pas être gêné pendant le travail. Il s'installe en face du champ d'argile, il est assis, les pieds bien au sol et il a à sa disposition une cuvette d'eau. Une fois que les règles sont posées, je propose tout simplement à l'enfant de " jouer " avec l'argile qui est là, à sa disposition, dans le cadre. Le thérapeute est là, contenant et garant du bon déroulement de la séance. Ce cadre de bois qui contient l'argile va permettre de planter la structure, de maintenir la structure. La présence de ce cadre implique d'emblée qu'il y a dedans et dehors, en haut, en bas, à droite et à gauche, puis en surface et dans le fond. Il y a aussi des lignes droites, et des coins. Les repères sont présents et la matière est malléable, disponible. L'enfant peut l'éviter, l'approcher, la frôler, la toucher, la caresser, la sentir, la lisser. Ou bien l'attaquer, la percer, la prendre, la malaxer, la pétrir…. et créer les formes qui viennent sous ses mains…tant de possibles, lui permettant de se retrouver dans un espace sensori-moteur réparateur et nourrissant. Pour certains enfants, la séance va durer quelques secondes voir quelques minutes et d'un seul coup, c'est clair que c'est fini. Ils le nomment tout simplement ou bien se lèvent pour aller se laver les mains.
Pour d'autres ils vont créer pendant
20 à 40 minutes. A chaque séance, l'enfant se retrouve devant le " champ d'argile
" lisse, aplani, prêt à recevoir le nouveau travail. Il y a des enfants qui
mettent beaucoup de temps à s'emparer de l'argile, ils ont besoin d'expérimenter
de longs moments pour s'approcher de l'argile et parfois ils refusent le contact
pendant plusieurs séances.
Certains vont juste s'enduire les mains et jouer avec cette petite pellicule
d'argile sur leurs doigts, sur leurs mains, telle une seconde peau qu'ils peuvent
laver, faire disparaître et réapparaître à souhait, qui semble les étonner,
les intriguer. Ils peuvent ajouter de l'eau dès qu'ils le souhaitent, se laver,
replonger dans l'argile et réaliser peu à peu qu'ils sont acteurs de leur création,
à tout moment. Les formes se succèdent les unes après les autres.
Certains se servent de la surface du " champ " comme d'une feuille de papier
sur laquelle ils dessinent, ils tracent des formes avec un doigt, souvent avec
l'index. Ils peuvent ainsi effacer à tout moment en lissant l'argile à sec ou
avec un petit peu d'eau. Le dessin est plus ou moins incrusté dans la matière.
C'est en appuyant de plus en plus qu'ils vont réaliser qu'ils soulèvent de l'argile
en creusant et… " Que faire de ce petit bout d'argile qui reste collé au bout
de mon doigt ? Çà me dérange ! " Et c'est à ce moment là qu'ils vont d'abord
essayer de s'en débarrasser en secouant la ou les mains, puis ensuite ils pourront
se l'approprier, jouer avec cette petite forme, la rouler et la transformer.
Pour certains, ils ont touché, joué un peu et cela est suffisant pour la séance.
Beaucoup créent des routes, des sillons, des chemins, des trous, des tunnels,
des ponts, des murs, des grottes, des maisons qui pourront se transformer en
rivières, en barrages, en puits ou en lacs s'ils décident d'y verser de l'eau.
Pour la plupart, émerge une grande animation suite aux mouvements effectués
spontanément qui engendrent des formes ,ce qui à nouveau stimule leur créativité
et leur permet de créer autre chose et ainsi de suite jusqu'au moment où ils
décident de conserver cette forme.
Les formes et les structures émergent
et disparaissent, se transforment tout au long de la séance. Ces formes ou "
gestalt " se succèdent pour arriver à une " gestalt finale "qui va être l'endroit
ou l'enfant est arrivé à travers ce travail. Le signal de l'arrêt du travail
est souvent clair dans le travail avec les enfants. D'un seul coup ils s'arrêtent
et se lèvent carrément en disant " çà suffit ! " ou " çà y est ! " Ou " je veux
me laver les mains ! " ou " C'est bon ! " ou " c'est fini ".
Pour d'autres au contraire il va falloir les contenir, ils resteraient bien
des heures à jouer en s'éparpillant et en diluant le travail et par leur activisme,
et par ce qu'ils racontent. Il est nécessaire de les contenir et de les aider
à quitter le " champ d'argile " calmement pour revenir à la réalité du moment
où on se lave les mains, où l'on retire sa blouse …etc. Ils parlent de leur
créations soit pendant le travail ou bien carrément après, en se lavant ou bien
ils ne partagent rien et le travail suit son cour de séance en séance. S'ils
touchent l'argile, c'est qu'ils acceptent de se laisser toucher par eux-mêmes,
d'entrer en relation avec eux-mêmes et donc, peu à peu avec les autres.
Le travail de " réparation " du champ psychique, relationnel et corporel se fait peu à peu, séance après séance. Ce qui est acquis l'est définitivement. L'enfant se répare, se re-construit et reprend son chemin. Il retrouve la mobilité intérieure et sa vitalité de base. C'est au cour des entretiens avec les parents que j'apprends qu'il est moins agité, moins inhibé, il parle plus, il a enfin des amis à l'école, il devient câlin, il dort mieux …etc. Ce travail me réjouit toujours autant. J'aime voir l'enfant s'approcher de ce " champ d'argile ", sans savoir à l'avance ce qui va se passer et découvrir avec lui tous les possibles dont il peut s'emparer.